13.09.2009
Emploi mondialisé ou emploi local ? Illustration bretonne
Vivre et travailler au pays est-ce encore possible ? Nos enfants devront-ils aller chercher du travail au bout du monde ? Le cas de la pêche en Bretagne illustre dramatiquement la question à l'heure où, sur le port du Croisic, on peut lire la banderole suivante :" Non à la fermeture de la criée". Et de fait dans le port du Croisic les yachts de plaisance remplacent les derniers chalutiers. Sur le port on ne trouve plus de poissonniers mais dans le grand Supermarché on achète du poisson venu du monde entier. Plus loin sur la côte les algues vertes tueuses envahissent peu à peu le littoral, car l'eau de la nappe phréatique bretonne est polluée par l'agriculture intensive qui nourrit les algues vertes. Mais sans agriculture intensive les fermiers bretons ne pourraient soutenir la concurrence mondiale...bref c'est l'impasse.
Pas tout à fait cependant, mais pour cela il faut remettre en cause le mondialisme pour sauver l'emploi local et préserver l'équilibre écologique des territoires, et aussi celui des êtres humains et des sociétés : précarité, suicide, obligation de suivre l'emploi au bout du monde mais aussi chômage par surqualification. Fini le temps où l'on s'arrachait les diplômés de l'enseignement supérieur. En 2009, 62% des diplômés d'enseignement supérieur de 2008 ne trouvent pas d'emploi. il faut s'adapter au mondialisme leur répond-on. Partez au bout du monde exportez vos compétences......et acceptez d'être payés avec des salaires chinois !
Mais il y a pire. En ce temple du mondialisme qu'est la Grande Bretagne, il est légalement interdit à un diplômé d'enseignement supérieur de postuler à un emploi non qualifié. Les emplois non qualifiés sont en effet réservés aux personnes non qualifiés, c'est à dire à quelques anglais de souche quand il en reste, et le plus souvent aux immigrés plus ou moins récents et plus ou moins légaux. Chez nous c'est aussi très tendance mais ce n'est pas encore légal. Moralité faut-il encore s'instruire ? Faites une expérience, demandez à vos amis et connaissances où travaillent leurs enfants et avec quel niveau de qualification. Vous constaterez alors que plus le niveau de qualification est élevé et moins l'emploi est un emploi localisé et territorialisé. Au contraire les rares parents qui ont encore la joie d'avoir leurs enfants près d'eux voient ceux-ci occuper des emplois de proximité peu qualifiés.
La mondialisation a donc des effets désastreux sur la cellule familiale et la cohésion sociale. Pour faire court la mondialisation entraîne la fuite des compétences et la substitution de la main-d'oeuvre locale par une main-d'oeuvre immigrée peu qualifiéé, qui, en outre, comble les déficits démographiques et cotise aux caisses de retraite.
Si l'être humain n'était qu'un producteur consommateur ce système serait souhaitable ( il est d'ailleurs hélas celui de la commission de Bruxelles qui veut faire entrer des millions d'immigrés dans l'UE), le problème est que l'être humain est aussi porteurs de valeurs culturelles diverses qui ne se réduisent pas à produire et consommer et qui définissent son identité.La libre circulation des biens, des capitaux et êtres humains atteint ses limites lorsqu'elle devient un tsunami incontrôlable dont la crise financière récente n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend. La politique ne peut donc plus se réduire aux taux de croissance et aux valeurs boursières, mais elle doit d'urgence prendre en compte les valeurs culturelles et identitaires, et reconnaître qu'il existe des territoires, des régions, des cultures et des identités irréductibles à la mondialisation.
Les territoires, nationaux, régionaux, locaux doivent donc pouvoir se protéger non seulement contre les pollutions d'algues vertes ou de CO2, mais aussi contre les pollutions économiques et financières qui détruisent l'emploi local et les valeurs identitaires et culturelles associées.
Cela vaut bien sûr pour les " natifs" tribaux de Nouvelle Zélande ou de Nouvelle Calédonie, ou encore les Inuits du cercle polaire, mais aussi pour tous les "natifs" bretons, corses, alsaciens, voire "petits blancs" où qu'ils se trouvent comme par exemple en Afrique du Sud ou au Zimbabwé ( A ce propos notons que la Constitution d'Afrique du Sud reconnait expressément ce droit à sa minorité blanche, bel exemple que devrait méditer tous les racistes )
Le terme politique qui définit ce droit du politique à contrôler l'économie et la finance au nom des valeurs autres que marchandes, ce terme s'appelle souveraineté et il s'applique à tous les niveaux de territorialité. Bien entendu tout retour au monde ancien est impossible car la mondialisation est un fait incontournable qui entraîne l'imbrication des ethnies, des cultures, des religions, des identités diverses. On ne peut revenir à l'hexagone fermé sur le monde. On peut par contre faire l'inventaire de ce qui est mondialement supportable et souhaitable, et au contaire distinguer ce qui relève des espaces territoriaux et identitaires,la préservation de l'emploi local au profit des locaux étant la première expression de l'identité d'un territoire.
Pour revenir au cas breton développé plus haut, on peut concevoir une agriculture bretonne découplée des contraintes productivistes du marché mondial et orientée souverainement, sans l'avis de Bruxelles, par des aides régionales et nationales vers les productions biodynamiques subventionnées. Ainsi serait préservé un emploi local agricole durable en même temps que la nappe phréatique bretonne. La boucle serait bouclée mais cette fois dans le bon sens, c'est à dire vers le retour à l'équilibre territoriale. Concernant la pêche une réglementation mondiale est indispensable mais en application du principe de subsidiarité on peut aussi concevoir des mesures locales concernant certains stocks de poissons côtiers.
Avec la volonté politique tout est possible, mais il ne peut s'agir que d'une volonté politique ancrée dans les territoires, régionaux d'abord,car les bureaucraties, bruxelloises mais aussi parisiennes, ne connaissent que les rapports de force. Aux régionalistes de s'organiser au-delà de leurs querelles de chapelle avec toutes celles et ceux qui croient encore que la République en vaut la peine. Les élections régionales seront le test de cette volonté. Dossier à suivre.
15:17 Publié dans Le régionalisme, pour quoi faire ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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